Qu’on donc en commun les calculs rénaux et les infections intestinales ?

Par Sylvie Rousseau ND.A.

On considère que les changements alimentaires ont un effet salutaire sur les infections intestinales causées par une diète déficiente en fibres et élevée en aliments raffinés, en alcool et en gras saturés.  Or, celles-ci peuvent aussi plonger les personnes affectées dans des troubles chroniques beaucoup plus étendus.  À cet effet, un de mes clients m’a fait part d’un article plutôt novateur sur la question.  Il s’agit de l’impact sur la santé de l’accumulation d’une substance naturelle connue sous le nom d’acide oxalique dans l’organisme.  Mais, qu’est-ce donc ?

L’acide oxalique dans les aliments

C’est le chimiste suédois Carl Wilhelm Scheele qui a découvert en 1776 cet acide qui se forme suite à l’oxydation de sucre par l’acide nitrique et qu’on peut retrouver dans les tissus humains, certaines plantes et microorganismes.  50% des oxalates est produit par l’organisme (endogène), tandis que l’autre 50% provient de la diète elle-même (exogène).  On en retrouve dans les racines et les rhizomes de nombreuses plantes dont l’oseille, la rhubarbe et la betterave.  Tous peuvent manger des aliments contenant des oxalates en quantité modéré.  D’ailleurs, on en trouve dans la plupart de nos végétaux.

Il faut toutefois être conscient que même si l’acide oxalique contribue à l’entretien et à la stimulation du péristaltisme intestinal, au delà d’une certaine quantité dans l’organisme, il peut devenir toxique, provoquer des irritations locales, des troubles de circulation sanguine et rénaux.  Pour cette raison, on suggère aux gens souffrant de goutte, de calculs rénaux et d’arthrite de l’éviter, puisque leur taux d’acide oxalique interne est déjà très élevé.

De plus, la production d’oxalates dans les tissus humains est basse chez la plupart des individus, mais une déficience dans une enzyme hépatique soit l’alanine-glycoxylate aminotransferase (AGXT) causé par un défaut génétique accélère la transformation de cet acide.  Une personne sur cinq peut développer des problèmes de santé dû a ce défaut génétique impliqué dans le cycle du glyoxylate.  Cet enzyme permet la dégradation de l’acide oxalique en glycine.  Si ce cycle ne peut être complété, ces personnes accumulent plus d’acide oxalique et n’arrivent pas à le détoxifier.

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L’excrétion des oxalates dans l’urine

La diète tout comme la flore intestinale peuvent contribuer à une présence accrue d’oxalates de calcium dans l’urine, un facteur de risque important pour les calculs rénaux.  Ce problème de santé connu sous le nom d’oxalurie est assez fréquent. Il peut, entre autre, provenir d’une consommation exagérée de légumes verts foncés et certains fruits qui en contiennent de grandes quantités.

De prime abord, une consommation élevée de ces aliments n’est pas directement associée à une accumulation d’oxalates dans l’urine, car le calcium contenu dans ces aliments forme un complexe insoluble et non absorbable excrété par les selles.  Habituellement, 80  à 90% des oxalates sont excrétés par l’intestin.  Toutefois, certains aliments consommés en grande quantité comme les arachides, les amandes, les épinards, la rhubarbe, les betteraves, le chocolat, le thé et les fraises en contiennent suffisamment pour favoriser une augmentation d’oxalates urinaires.

Le lien avec les infections intestinales

Ce qui est peu connu, c’est que certaines bactéries intestinales produisent des oxalates tandis que d’autres les détruisent.  Également, certains champignons filamenteux de type  moisissure comme le penicillium et l’aspergillus peuvent carrément transformer le sucre en oxalate de calcium !  Autrement dit, lorsqu’une personne souffre d’infection intestinale, ces microorganismes peuvent tout simplement plonger la personne dans des problèmes de santé plus graves en augmentant le taux d’oxalates dans l’organisme.

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En effet, la recherche a montré que les individus ayant des taux élevés d’oxalates de calcium dans leur urine, sont souvent déficients en certaines bactéries.  Le type de bactéries pouvant le plus contrôler la production des oxalates sont le Lactobacillus acidophilus, Lactobacillus plantarum, Lactobacillus brevis, Streptococcus thermophilus et Bifidobactérium infantis.  Les chercheurs Campieri et al ont mené une étude en 2001 où ils ont administré ces probiotiques chez six patients souffrant d’urolithiase idiopathique principalement de type oxalate de calcium.  Ils ont réussi à démontrer qu’avec ce protocole étalé sur quatre semaines, on observait une nette réduction des oxalates urinaires.

L’étendue des problèmes de santé causés par les oxalates

L’accumulation d’oxalate interne provenant d’une absorption accrue ou d’une plus grande production endogène peuvent être responsable de provoquer des calculs rénaux dont 80% sont composés d’oxalate de calcium.    Mais, les effets ne se limitent pas à ce seul problème de santé. Ces oxalates se déposent partout dans l’organisme. On peut en retrouver dans les muscles, les os, la peau, les vaisseaux sanguins et les articulations.  Le cœur et la thyroïde peuvent également en loger.  Cela crée de l’irritation, des brûlements, de la douleur et de la pression à ces endroits, car ces cristaux ressemblent à des petits morceaux de vitre.  Ils créent des petites déchirures dans les tissus où ils se retrouvent et entretiennent l’inflammation.

Le Dr William Shaw, directeur du laboratoire de médecine fonctionnelle The Great Plains, a longtemps étudié ce phénomène et est convaincu que cela peut être en cause dans la fibromyalgie et la cystite interstitielle.  On a également trouvé des oxalates dans les sinus et les poumons des gens souffrant d’infection fongique.  Un problème connu sous le nom de vulvodynie peut aussi être causé par cette accumulation d’oxalates dans la région vulvaire.

Les facteurs en cause

Certaines personnes consomment de grandes quantités de jus verts composés de légumes verts foncés riches en acide oxalique dans l’espoir d’améliorer leur santé et de s’alcaliniser.  C’est une excellente idée pour une cure de courte durée (7 à 10 jours).  Mais, si la personne en consomment de grandes quantités à tous les jours et à l’année longue, cela peut contribuer à l’accumulation d’oxalates de calcium, surtout si elle souffre du défaut génétique touchant l’enzyme AGXT augmentant la production de ces acides ou encore si elle souffre d’une infection intestinale.  Il vaut mieux consommer ces aliments en modération en salade par exemple ou si vous les faites cuire, enlevez l’eau de cuisson.  Également, on peut arriver à améliorer l’efficacité de cette enzyme avec certains nutriments dont la vitamine B6 qui est probablement le meilleur outil pour contrôler l’augmentation de ces cristaux.  Bonne nouvelle, le jus d’herbe de blé contient, quant à lui, peu d’acide oxalique.

On mentionne souvent que les suppléments de vitamine C peuvent augmenter le risque de développer des calculs rénaux de type oxalate de calcium.  Or, les études du Dr Shaw ont montré qu’il n’existait aucune corrélation entre la prise de vitamine C et l’augmentation de ceux-ci.  On a même observé que les hommes prenant des doses élevés de vitamine C avaient un risque plus bas de développer ce type de pathologie.  Le problème avec la vitamine C réside plutôt dans le fait qu’une dose élevée de fer ou de cuivre prise conjointement avec cette vitamine accélère sa dégradation en oxalates.   Il est donc judicieux de ne pas combiner ces suppléments surtout chez les personnes à risque.

Un autre phénomène répandu : la prise d’antibiotiques à répétition chez certains peut déséquilibrer ce qu’on appelle le microbiote intestinal où une prolifération de bactéries pathogènes responsables de la production d’oxalates peuvent prendre le contrôle.

Quelques solutions naturelles

En plus de se supplémenter en vitamine B6 (100 mg), le citrate de magnésium (300-400 mg) est définitivement un outil efficace car il s’attache aux oxalates les rendant non absorbables et permet qu’ils soient éliminés dans les selles.  Les antifongiques naturels et les probiotiques sont aussi utiles, car ces derniers possèdent des enzymes capable de désactiver les oxalates.  Finalement, l’arginine empêche les oxalates de se déposer dans les tissus tout comme les oméga-3 et l’huile de foie de morue.

Voici quelques exemples d’excellents suppléments que vous pouvez commander dans ce type de situation :

 

Je répète souvent à mes clients que le secret de la santé réside dans la consommation variée d’aliments sains et qu’il vaut mieux manger un peu de tout en petite quantité plutôt que d’ingurgiter de grande quantité d’aliments même santé (souvent sous forme de jus ou de smoohties), car cela concentre les bons nutriments, mais aussi les moins bons. Cela finit par nous rattraper !

Liste des aliments contenant de grande quantité d’acide oxalique :

 

Feuilles de betterave 12000 mg/100 gr(masse sèche)
Cacao 4500 mg/100 gr
Thé 3700 mg/100 gr
Épinards 460-3200mg/100 gr
Rhubarbe 500-2400 mg/100 gr
Blette 690 mg/100 gr
Oseille 300-500 mg/100 gr
Betterave 340 mg/100 gr
Persil 190mg/100 gr

 

Références :

  1. LORD Richard S., BRALLEY J. Alexander, Laboratory evaluations for integrative and functional medicine, Metametrix institute, 2nd edition, Duluth, Georgia, 2008.
  2. MURRAY Michael T. N.D., Encyclopedia of nutritional supplements, Prima publishing, Rocklin CA, 1996.
  3. SHAW William PhD., The role of oxalates in autism and chronic disorders, March 26 2010.
  4. http://fr.wikipedia.org/wiki/Acide_oxalique
  5. http://www.greatplainslaboratory.com/home/eng/oxalates.asp
  6. http://www.holistichelp.net/blog/what-are-oxalates-and-how-can-they-affect-your-health/