Les rythmes biologiques internes, plus qu’une question de sommeil

Par Sylvie Rousseau ND.A.

Connu sou le nom de chronobiologie, l’étude des rythmes biologiques nous informe qu’il existe différents cycles naturels de la vie capable de régir nos vies et notre santé.  Qu’il s’agisse du rythme circadien, lunaire ou ultradien, cela se passe toujours de la même façon.  En fait, la lumière du soleil, celle de la lune ainsi que les ondes électromagnétiques terrestres ont une influence certaine sur la fluctuation de nos hormones et neurotransmetteurs journellement, mensuellement et saisonnièrement.

Le rythme circadien ou l’alternance éveil-sommeil

Le rythme naturel ayant le plus d’impact sur notre vie, soit le rythme circadien, est une véritable horloge biologique qui a programmé la vie avec précision depuis l’apparition des mammifères sur la planète, soit depuis au moins deux cents millions d’années.  Il s’échelonne sur une durée de vingt-quatre heures et règle notre cycle éveil-sommeil.  Il est basé sur l’alternance du jour et de la nuit.  On a découvert que cette horloge biologique humaine est localisée dans le noyau suprachiasmatique de l’hypothalamus du cerveau.

Le stimuli extérieur venant de la lumière du jour est d’abord capté par la rétine de l’œil pour se rendre ensuite à l’hypothalamus qui commande à son tour à la glande pinéale, lorsque la noirceur apparaît, de produire la mélatonine.  Or, la mélatonine connue sous le nom de l’hormone du sommeil fait beaucoup plus que cela.  C’est, en fait, l’hormone maitresse qui synchronise plusieurs systèmes physiologiques dans l’organisme tout entier.  En plus de régulariser la pression sanguine, le sommeil, l’éveil, le bon fonctionnement du système immunitaire, la coordination du mouvement physique, elle assure également la synchronisation de toute la production hormonale du corps.

Aujourd’hui, nous voyons apparaître des problèmes de santé en rapport avec un dérèglement du rythme circadien.  En effet, nous nous exposons à tout heure du jour à des lumières artificielles qui viennent perturber notre horloge biologique interne.  Nommons parmi les plus nocives, les néons, les lumières de rue, la télévision et les écrans d’ordinateurs.  Ce type d’éclairage crée des interférences dans la relation que nous entretenons avec la lumière du soleil et de la lune ainsi que la noirceur de la nuit.  Or, la médecine traditionnelle chinoise, vieille de cinq milles ans, nous enseigne qu’il est important d’équilibrer le yin et le yang dans nos vies dont la noirceur et la lumière du jour.  D’un point de vue cosmique, le corps de la femme est de nature yin et il peut être plus facilement stressé lorsqu’il est exposé à la lumière artificielle la nuit surtout entre une heure et trois heures du matin.  La sécrétion de mélatonine en est alors diminuée ce qui affectera toutes les autres hormones.  Pour cette raison, les femmes sont plus à risque de souffrir de dépression que les hommes.

Le rythme ultradien ou l’alternance activité-repos 

Le rythme ultradien est un rythme interne qui régularise l’alternance activité-repos et dont la fréquence revient beaucoup plus souvent que le rythme circadien.  Elle se répète dans une intervalle de 90 à 120 minutes dans la journée.  Nous sommes naturellement programmés pour être actif 90-120 minutes à la fois et au repos 20 minutes entre chacune de ces périodes.  Ces cycles permettent au corps de se reposer physiquement et mentalement et de rééquilibrer le système glandulaire, immunitaire et hormonal entre chaque période de travail.

Entre chaque cycle, il y a une déconnexion et un transfert qui se fait naturellement entre le cerveau gauche responsable des fonctions rationnelles et le cerveau droit en lien avec la vie émotionnelle.  Plusieurs fonctions sont régulées par le rythme ultradien dont le besoin de manger et de dormir, le sommeil paradoxal et les rêves, les sécrétions du système hormonal et immunitaire, les réactions de stress et de l’humeur, la concentration mentale et la réplication cellulaire.  La respiration suit aussi ce rythme interne. Elle se fait en prédominance de la narine droite pour 90-120 minutes.  Le vingt minutes suivant, on respire également des deux narines.  Puis, pendant un autre 90-120 minutes, on respire plutôt de la narine gauche.

Lorsqu’une personne s’active sans se préoccuper de ce besoin naturel de repos et qu’elle dépasse sa capacité pour des périodes prolongées, ce rythme interne se détraque et amène un lot de dérèglements hormonaux dont l’hypothyroïdie, une déficience en progestérone, un épuisement surrénalien, une production excessive de prolactine ou de testostérone.  On peut également développer des problèmes de santé comme les fibromes utérins, le cancer du sein, le syndrome de fatigue chronique, le syndrome prémenstruel, le syndrome des ovaires polikystiques ou encore souffrir d’une ménopause difficile ou d’un dérèglement du système immunitaire.

La consommation de stimulants dont le café, la cigarette, l’alcool, le sucre et les drogues qui ne font qu’aggraver le problème, nous font oublier ce besoin naturel du corps de se reposer entre chaque période de travail.  Si nos cycles internes sont perturbés, la glande pinéale ne fonctionne plus correctement.  Cela augmente la réplication cellulaire et le risque de développer un cancer.  En effet, la division cellulaire suit aussi ce rythme de 90-120 minutes.  S’il n’y a pas de repos, la division ne s’arrête pas non plus.

La relation mélatonine-cortisol

La mélatonine est à son plus haut niveau entre une heure et trois heures de la nuit.  Le cortisol, à l’opposé, augmente dans les premières heures du matin (huit heures) et diminue le soir (dix-huit heures).  Un autre phénomène journalier se produit vers quinze heures.  En effet, c’est à ce moment que le rythme circadien et ultradien se superposent dans une phase basse et provoquent inévitablement une baisse d’énergie.

Il existe des tests salivaires disponibles dans des laboratoires de médecine fonctionnelle pouvant évaluer les taux de mélatonine et de cortisol à différents moments de la journée et permettant d’évaluer si le rythme circadien et ultradien sont déréglés.

Le rythme lunaire ou l’alternance menstruation-ovulation

Le rythme lunaire est ponctué par la rotation de la lune sur son axe et autour de la terre qui se fait dans le même temps, soit vingt-neuf jours et demi.  Au fur et à mesure que la lune orbite autour de la terre, on l’aperçoit dans la nuit en fonction de la lumière que le soleil projette sur celle-ci.  La nouvelle lune (non visible) est considérée comme la phase un du cycle.  Le cycle menstruel de la femme est construit pour suivre ce rythme naturel.  Les menstruations sont censées débuter avec la nouvelle lune, alors que l’ovulation devrait se faire à la pleine lune.  En effet, la lumière produite au moment de la pleine lune supprime la sécrétion de la mélatonine par la pinéale, ce qui déclenche l’ovulation.

Depuis le début des temps, le cycle menstruel s’est calqué sur le cycle lunaire quand nous étions plus exposés à la lune.  Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas, car nous ne sommes plus en contact avec la nature.  Entre autre, une étude sur 800 femmes entre 16 et 25 ans en Scandinavie a démontré que seulement 30% de celles-ci avaient leurs menstruations à la nouvelle lune.

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Quelques conseils pour équilibrer les rythmes biologiques internes

Vous pouvez rééquilibrer votre système interne par des exercices qui répliquent l’alternance naturelle gauche-droite du rythme respiratoire.  Programmez au moins deux périodes de repos de vingt minutes par jour.  Il peut s’agir d’une sieste, d’une marche, d’une prière, d’un exercice de respiration, de méditation ou encore de visualisation.  Entre autre, une de ces pauses devrait se faire entre quinze heures et seize heures de la journée lorsque votre énergie est au plus bas.

Passez du temps dehors à la lumière du soleil sans lunette de soleil (une heure environ).  Couchez-vous et levez-vous à des heures régulières.  Mangez également à des heures régulières et prenez des collations entre les repas.

Devenez conscient de l’effet que la lune a sur vos émotions.  Par exemple, observez si vous êtes plus extravertie lors de la plein lune (correspond au yang) ou introvertie lors de la nouvelle lune (correspond au yin).

Si votre cycle menstruel est irrégulier, il est possible de le régulariser avec la luminothérapie pour mimer la lumière lunaire.  Installez une lumière tamisée dans votre chambre à coucher la nuit pendant trois ou quatre jours commençant au jour quatorze de votre cycle pour déclencher l’ovulation.  Dormez dans la noirceur totale durant vos menstruations.  Si c’est possible, dormez sous le ciel de nuit pour permettre à la lune de vous régulariser naturellement ou prenez des marches dehors les nuits de pleine lune pour resynchroniser votre cycle menstruel.

Un excellent supplément pour rétablir le rythme éveil-sommeil est la mélatonine combinée à des herbes médicinales calmantes.

Mon préféré  : le Benesom.

 

 

Références :

  1. DHARAM Kaur Dr, The complete natural medicine guide to women’s health, Robert Rose inc, Toronto, 2005.
  2. DOUART J.P, L’oligothérapie en pathologie fonctionnelle, Éditions Maloine, France, 1994.